• Écrit en solo

    Hurleurs

    La terre est molle, et s’accroche à mes pas. Une à une les feuilles se détachent et je reste nez au vent, admirant leur ballet silencieux en harmonie parfaite avec la mue de ma peau. J’appelle la pluie pour rincer les dernières écailles, j’appelle de mes vœux les premières tempêtes qui laveraient enfin ce qu’il reste de moi.Jusqu’ici, pourtant, rien ne chante, rien ne tonne, rien ne souffle ; je respire par petites lampées, les yeux rivés sur les feuilles d’or saupoudrant les fougères et la boue. L’ombre qui s’étire n’altère pas encore leurs reflets. Je ne vois qu’elles. Je ne pense qu’à elles. Je n’existe que pour l’ourlet délicat,…

  • Luxfugae pluie
    Écrit en solo

    Rouge cerise, bleu délavé

    Elle bat la mesure sous la pluie, et à chaque battement l’eau éclate sur le bitume. J’imagine une musique sur le rythme de ses pas immobiles, quelque chose de haché avec une légère vibe 60s, en admirant le tremblement de ses mains qui gouttent. En trame de fond, derrière les nappes des cordes lancinantes, il y aurait une voiture rouge cerise comme le foulard à son cou, et un ciel bleu pâle comme les veines de ses bras. J’admire son impatience qui la réchauffe, de derrière la vitre, et la fumée qui frôle ses épaules nues. Quelle étrange idée que de sortir sous une pluie de printemps, en jean &…

  • route confinement
    Écrit en solo

    Et maintenant, on en fait quoi de tout ça ?

    Je prends le clavier en grippe, pour taper vite, encore plus vite que les caractères qui s’affichent mollement sur l’écran. Je sais déjà que je ne vais pas réussir à faire vivre ce que j’ai envie de dire, que ce ne sera jamais lu comme je l’imagine, jamais compris en droite ligne. C’est juste une question lancinante depuis ce matin : et maintenant, on fait quoi de tout ça ? De tout ce qu’on a traversé ? J’ai l’impression d’être coincée dans le même bouchon depuis des mois et des mois ; on a freiné un peu fort, en se disant que ça ne durerait pas très longtemps ; on…

  • Ennui
    Écrit en solo

    L’ennui

    Autour, tout bouge encore. Tout s’agite et se débat ; une multitude de reflets sans consistance s’entasse entre les miroirs. J’ouvre la fenêtre et l’air sent la poussière. La ville est une immense pièce abandonnée, couverte de draps blancs sales, dans une maison peuplée de rats et de chauve-souris. L’ennui vibre. Et le monde trompe l’ennui. Le monde tourne, les yeux fermés, jusqu’à vomir sa propre existence. L’air sent la poussière et l’humidité des journées grisâtres, après l’orage. Le ciel plombé écrase mes yeux au fond de mes orbites. La douleur m’enferme au fond de moi-même, et j’ai froid. J’ai froid d’ennui, de lenteur, j’ai froid parce qu’il n’y a…