Vanoise Alliet nuit
Écrit en solo

Précipice

S’il y a quelque chose à sauver, ce sera la vue des étoiles filantes pendant ma chute. S’il y a quelque chose dont il faudra se souvenir, c’est le silence.
Ne regarde pas en bas. Imagine la douleur du ciel, percé de milliards d’aiguilles, simplement pour nous offrir ce spectacle nocturne. Sais-tu que la nuit ne cesse jamais d’exister, même quand tu te dores au soleil, même lorsque tes yeux se ferment de fatigue ? La nuit ne cesse jamais de souffrir, dans le silence qu’on lui accorde. Peux-tu imaginer une douleur aussi infinie que l’univers, et la colère tue qui bouillonne, s’étend, frémit plus loin que toutes les misérables existences que nous menons bout à bout ?

Qui s’est penché sur ton berceau, enfant sous les étoiles ? Qui a murmuré les mots doux, les souhaits que l’ont tait, qui a tracé sur ton front tous les espoirs du monde ?

Celle qui a peuplé tes songes de silhouettes sombres, comme autant de gardiennes muettes. Celle qui a tracé sur tes lèvres le signe qui t’empêchera de prononcer la moindre parole. Celle qui est partie dans un rire, après t’avoir bercé d’illusions cruelles.

Là où te porte ton regard, tes pas suivront.
Ne regarde pas en bas ; affronte les milliards d’aiguilles qui te percent jusqu’à te priver de sommeil. Ces questions sans réponses qui te font veiller jusqu’au matin blême, qui s’infiltrent sous les draps, qui te vident de sens. Relève la tête ; Il n’y a qu’un seul chemin, un seul passage.

Qui a porté tant d’amour qu’elle t’a menti avec force, enfant sous les étoiles ?

Un pas après l’autre, sur le même chemin ponctué d’étoiles filantes, sur le seul passage gardé par les silhouettes muettes. Quelques réponses glanées ça et là, et des milliers de nouvelles questions encore – même quand tu te prélasses, paresseux, sous le soleil d’hiver. Même lorsque tes rires résonnent si fort, que tes yeux se ferment sous le plaisir. Même quand ta peau est chaude sous mes mains, et qu’il n’y a rien d’autre que cela au monde. La nuit n’en finit pas de souffrir en silence – et chacun de nos pieds avance, avance, et avance encore.

Les muettes guident, silencieuses, et leurs mains couvertes indiquent, imposent, commandent.

S’il y a quelque chose à sauver, ce sera la vue sur les étoiles étoiles filantes pendant ma chute. S’il y a quelque chose dont il faudra se souvenir, c’est de crever le silence, et de rire, rire, rire à pleines dents, rire quand on mord, rire quand on blesse, rire quand on se jette dans le vide à la suite des autres – rire jusqu’à la fin des temps, la fin de la danse.

Ne regarde pas en bas, enfant sous les étoiles.

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