Rando lacs Robert brèche nord
Rando

Belledonne | Neige sur les lacs Robert

Belledonne pour une randonnée hivernale dans la neige, fait-on mieux comme plaisir simple ? Une paire de crampons, des bâtons, de quoi grignoter et se repérer, et c’est parti pour la rando autour des lacs Robert depuis le bas de la piste de Casserousse.

Le Vercors a été ma première claque, notamment le Diois, dans cette envie de retrouver de la montagne, et autour de Grenoble j’ai un faible pour la Chartreuse. Mais Belledonne me ramène à autre chose. Il n’y a pas une balade près des pistes qui ne me rappelle pas des souvenirs d’enfance. Dans l’ambiance, pour la neige, jusqu’aux formes des branches des épicéas parfois. Pour la lumière, et pour le silence – hors vacances.

Sur ces chemins blancs, je pense souvent à mon père. Même si ce n’était pas là, si c’était d’autres Alpes, plein de choses m’y ramènent. Et quand je marche dans Belledonne, du côté de Chamrousse, j’ai toujours envie de l’appeler, de lui raconter de ce que je vois, de partager ça avec lui. J’espère que de là où il est, il en profite un peu avec moi.
Même chose à nouveau sur cette randonnée alpine vers les lacs Robert.

Au programme :
9 km, 800 m de dénivelé, 4h30 annoncé.
Avec la pause déjeuner, les photos et la redescente compliquée, c’est 1h supplémentaire que l’on a ajouté au chrono ; à ne pas négliger surtout si c’est bien neigeux.

Départ en bas de Casserousse

En bas de la piste, le téléphérique immobile veille sur quelques ombres. Il n’y a personne en pleine semaine, après la vague des vacanciers. Quelques skieurs de fond qui grimpent, ou dévalent la piste sur une neige un peu gelée. La barre de la Chartreuse tient notre dos et nous suivons les lignes, de télésiège en télésiège. C’est un départ de rando sans échauffement, directement dans la pente. C’est aussi notre première fois avec des bâtons, la synchro se fait doucement, et ça tire !

La vue est belle, suffisamment pour faire des pauses photo plus que bienvenues. Malgré ça, on tient le rythme des skieurs de fond – l’honneur est sauf.

Dans le virage, il est temps de quitter la piste de ski et de s’enfoncer dans un petit bout de forêt, où un petit ruisseau joue à cache-cache avec la neige et la glace. Paisible.

Du lac des Pourettes au Grand Eulier

En sortant de ce petit bout de forêt de sapins, la vue plonge vers la Grande Aiguille ; le petit lac des Pourettes hiberne sous la neige, invisible. Le soleil fait briller un manteau neigeux où se mélangent les traces de skis, de raquettes, et les empreintes d’animaux. Il est midi, mais nous ne croisons que 2 ou 3 duos de skieurs et skieuses de fond.

Belledonne rando lacs Robert

Il est temps d’attaquer l’ascension de la brèche nord des lacs Robert, en passant sous le Grand Eulier. Et la pente est raide sur quelques sections – on y mettrait peut-être pas un piolet, mais les bâtons sont fortement raccourcis !

Brèche nord. Ça fait tout de suite montagne, dit comme ça.
Et ça ne ment pas, car il faut s’accrocher un peu, en regardant de temps en temps dans notre dos la barre du Vercors et quelques vues sur Grenoble, jusqu’à arriver jusqu’à la cime de cette rando des lacs Robert : 2050 m à peu près sous le Grand Eulier.

Le Grand Eulier, une jolie claque aussi.
Et cette passe, soudain… dans une lumière incroyable, c’est la haute montagne qui commence à se dessiner. Le ciel bleu laisse place à une couverture nuageuse d’hiver, cotonneuse, qui donne à la glace de nouvelles couleurs et reflets.

Les lacs Robert sous la neige

C’est sûrement bête aux yeux des nombreux & nombreuses alpinistes et féru·e·s e montagne de la région, mais je me sens honorée d’être ici. Même s’il y a un téléphérique qui y grimpe depuis ailleurs. Parce qu’aujourd’hui, le téléphérique est muet ; il n’y a que nous, et six autres personnes dispersées dans toute cette vallée des lacs Robert. Six personnes en trente minute, sur le domaine de Chamrousse, à une demi-heure de la ville, c’est un luxe suprême.

Devant nos yeux, les pics du Petit Van, Grand Van, Grand Sorbier et même la pointe de Vaudaine surplombent nos fragilités. Et les lacs Robert gelés ne laissent deviner qu’un peu de leurs formes au travers d’une glace saupoudrée d’une épaisse couche de neige.

La lumière est incroyable, et sous la grisaille lumineuse, les pics se font plus menaçants. La montagne change aussi vite que la mer. La mer, je connais, alors ce changement d’humeur ne me trouble pas, mais je m’en méfie. Il est temps de repartir, même s’il est tôt.

Brèche sud, une descente délicate

Si l’itinéraire que nous suivons est bien celui du guide, il a été bien moins emprunté ce jour-là pour redescendre au lac des Pourettes. Le sentier est peut-être bien dessiné l’été, mais recouvert de neige et sous la barre rocheuse, on y alterne pentes douces et raides, couloirs neigeux assez profonds, rochers ronds et surplombs délicats à descendre en crampons.

Juste avant cette redescente, nous croisons d’ailleurs deux personnes qui viennent des pistes d’été, pas très loin de l’aplomb de la via ferrata, et se sont fait bien peur entre les corniches neigeuses et rochers. Bien équipées pourtant, elles semblent heureuses de croiser notre route pour se donner le courage de passer une corniche étroite. Et si sur le moment, on est plutôt contents d’avoir pu les aider à retrouver la piste, ça ne me met pas en confiance pour la suite.

Lacs Robert brèche sud

Avec un GPS capricieux et beaucoup d’hésitations, des traces incohérentes où l’on sent que le peu de marcheurs ou marcheuses ont bien galéré à s’y retrouver aussi, on s’enfonce dans la neige, et on peine surtout à trouver des passages corrects. Souvent la piste naturelle nous amène sur des surplombs qui nous coupent la route… il faut remonter.
Pour des débutants sur de tels parcours, ce n’est vraiment pas le plus confortable. Redescendre par la brèche nord, plus fréquentée, peut être une bonne idée si vous ne sentez pas – il vaut mieux faire demi-tour que de se faire peur.

On poursuit néanmoins par la brèche sud après quelques sueurs froides de mon côté. Apprivoiser les Alpes en hiver ne se fera pas en quelques semaines ; je le dis sans honte, et avec peut-être plus de prudence que de raison, mais je me souviens du guide qui mettait en garde contre quelques couloirs à avalanches. Ceux-là, je ne sais pas encore les reconnaître, alors tous me paraissent un peu suspects.
L’espace d’une minute j’ai même pensé très fort “Plus jamais” et “Je veux juste rentrer à la maison”. La peur gagne vite. Heureusement, elle ne reste pas longtemps, mais elle incite à la prudence, et à se doter d’un meilleur équipement – dont un GPS plus fiable.
Et des chaussures de rando qui ne prennent pas autant la flotte aussi.

Lacs Robert brèche sud

Je finis quand même par tout descendre sur les fesses, en ronchonnant à moitié, et en riant aussi. Le lac des Pourettes n’est plus loin, affirme un panneau coupé au pied, vaguement posé au loin sur une roche.
Difficile hiver pour tout le monde.

Retour par le même itinéraire

Après avoir rejoint le lac des Pourettes, nous faisons le retour de la rando des lacs Robert par le même itinéraire qu’à l’aller. Nous ne croisons pas un chat, seul un dernier groupe de skieurs termine les derniers mètres de la piste. Il n’est que 16h30, mais la montagne est déserte, seules trois voitures somnolent encore sur le parking – dont la nôtre.

L’ombre gagne les versants des montagnes et j’ai envie de rester là, sur mon télésiège, à la regarder envahir le monde. Mais il y a un couvre-feu qui guette, alors on enlève vite les crampons, on se déleste des sacs et des bâtons, et on reprend la route.

Jusqu’à la prochaine rando dans la neige, bientôt.


Itinéraire à retrouver dans “Raquettes : les plus belles balades et randonnées – Chartreuse – Belledonne – Oisans” de Julien Schmidtz publié chez Glénat.
Un très joli guide. L’éditeur propose d’ailleurs de lire un extrait du début du livre pour se faire une idée, belle initiative !

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